Masc for Mascara : Soyons folles!

J’ai une confession à vous faire : quand j’étais jeune j’étais follophobe!

Enfin plutôt j’avais une follophobie intériorisée c’est à dire que je refoulais et détestais la folle en moi. J’ai des circonstances atténuantes j’ai grandi dans une cité HLM déprimante dans une petite ville de province déprimante (lire mon billet Retour à Miramas) où la seule vision des homos que j’avais était dans les films, les séries et les reportages de TF1 sensationnalistes.

Quand j’étais en primaire j’ai voulu faire de la danse Modern Jazz mais j’étais le seul garçon parmi toute une classe de filles. Mon père avait honte quand il me voyait mettre mon collant. Je me souviens l’avoir entendu dire à ma mère qu’elle allait de faire de moi une vraie « tapette ». J’étais enfant et je ne connaissais rien à l’homosexualité mais j’étais profondément blessé et vexé de ne pas être à la hauteur des espérances de mon père. Du coup j’ai vite arrêté la danse..

Pour essayer de « m’endurcir » mon père m’a emmené une ou deux fois à la chasse avec lui mais je refusais de sortir de la voiture… Epic fail.

Fun Fact : je n’avais pas beaucoup d’amis garçons en primaire et je détestais le sport et la bagarre. Au collège la situation s’est empirée. Un garçon de mon collège a commencé à me surnommer « Gérard » en référence au personnage de prof de sport très efféminé dans la série « Le Miel et les Abeilles ». Ça me rendait malade. Je savais que j’étais homo mais je ne voulais pas que ça se sache et encore moins que ça se voit.

Avec du recul je me dis que si j’avais ri à ces blagues débiles il m’aurait lâché la grappe mais sur le moment ça m’affectait beaucoup et ça se voyait. Du coup il en rajoutait et encourageait d’autres garçons à me surnommer « Géraaaard ». Ce petit manège a duré 2 ans. Un calvaire…

Au lycée j’ai commencé à m’affirmer. J’ai fait mon coming out en Terminale et puis je suis parti à la fac à Aix en Provence mais j’avais ce discours puant d’homo honteuse du genre « je suis pas comme les folles qu’on voit à la télé ou à la Gay Pride ».

En réalité je reproduisais un schéma assez classique de l’homo qui ne s’assume pas et donc qui déteste les gens qui s’assument sans se soucier du regard des autres. Ces mêmes homos qu’on voit défiler dans les cortèges de la Manif Pour Tous… Nous sommes parfois nos pires ennemis…

Un garçon m’a beaucoup fait évolué sur cette question à la fac. Il s’appelait Mehdi. Il était beau, il était adorable, il se maquillait, il était folle et il l’assumait. Passer du temps avec lui m’a fait beaucoup de bien. Je me souviens d’une soirée d’anniversaire ou il m’avait maquillé et habillé en jupe. J’en garde un souvenir tendre et précieux.

A partir de là j’ai arrêté de me soucier de l’avis des autres et de vouloir m’enfermer dans une masculinité toxique qui n’était pas la mienne.

Aujourd’hui j’éprouve une vraie admiration pour cette nouvelle génération Queer, non binaire et gender fluid qui se moque complètement des codes dominants de notre société hétéro normée.

Il y a quelques jours j’étais dans un parc à San Francisco et j’ai vu des garçons avec du vernis à ongle. Ils devaient être au collège ou au lycée mais pas plus de 16 ans et j’ai trouvé ça hyper touchant cette liberté de s’habiller et se maquiller comme ils veulent sans (trop) se soucier des codes de genre que la société nous impose.

Depuis 2 ans je fréquente de plus en plus les soirées Drag à Paris. Pas tellement pour le côté fun des déguisements (je ne suis pas fan de Ru Paul Drag Race par exemple… je sais… retirez moi ma carte de membre du lobby LGBTQ!) même si je suis toujours impressionné par la créativité de certains, mais plus pour leur côté militant.

J’ai commencé à suivre ce milieu en 2017 avec les Paillettes, une troupe dans laquelle mon collègue Yohann du 190 apparaissait en Marie Jo Dassin. Des spectacles à la fois burlesques mais avec souvent aussi des messages engagés et une réflexion sur les notions de genres, de sexualités et de normes.

J’ai ensuite découvert d’autres drags que j’admire pour leur créativité artistique mais aussi pour leurs prises de positions affirmées en faveur des migrants où la lutte contre le VIH par exemple. Impossible de toutes les citer mais je veux quand même citer celles que j’ai croisées le plus souvent notamment lors de la soirée Bingo Drag à la Folie (l’anti déprime du dimanche soir) : Minima Gesté, Clémence Tru, Crucifist, Enza Fragola, Lolla Wesh, Babouchka Babouche et bien d’autres…

J’ai fait récemment la connaissance d’une nouvelle drag nommée Félicie Prine qui anime une soirée sexo tous les mercredis dans un bar gay du 11ème, le M’Sieurs Dames. Etudiant en sexologie, Denis alias Félicie, se sert de son personnage de drag pour faire passer des messages de prévention sous formes de jeux et de questions réponses. Fun et malin.

Je n’éprouve pas forcément le besoin ou l’envie de me maquiller ou de me travestir mais aujourd’hui je soutiens fièrement les folles, les drags et toutes celles et ceux qui par le biais du divertissement et du folklore essaient de faire réfléchir sur les questions de genre, de sexualité et de masculinité/féminité.

Bon en vrai je rêverais un jour de co-animer le Bingo Drag avec Minima et j’ai déjà mon nom de Drag : Alexis Col Bite!

Crédit photo : Minima Gesté.

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