Dans la vapeur du sauna

Décembre 2002, Noël approche, mon deuxième sans Maman. Moi qui aimais tant cette fête, je la redoute désormais. Je n’ai pas envie de la fêter avec mon frère et sa belle-famille. Sa copine vient d’accoucher de leur premier enfant. Mon neveu est très mignon, mais je ne me sens pas à l’aise parmi eux.

Mémé Yvonne fait tout ce qu’elle peut pour que je me sente bien chez elle, mais c’est pareil, vivre avec sa grand-mère n’est jamais facile. Elle se couche à 21 heures et ne supporte pas le moindre bruit. J’étouffe chez elle.

Dès le 26 décembre, je fuis Miramas pour retourner à ma chambre en cité U. Tous mes amis sont rentrés chez eux pour les vacances, mais je préfère rester seul à Aix que chez mon frère ou ma grand-mère à Miramas.

C’est alors que je reçois une invitation qui va changer ma vie. Un ami de la fac, qui est parti vivre à Paris, m’invite une semaine chez lui en banlieue parisienne !

J’accepte avec plaisir, à 21 ans, je ne suis jamais allé à Paris. Ce séjour sera une des révélations de ma vie.

J’ai un véritable coup de foudre pour Paris. Tout me plaît. L’architecture bien sûr, les monuments, les musées, les parcs, mais surtout cette diversité dans la rue. Des punks, des métalleux, des fashionistas, des gays, des lascars, etc.

Le premier jour, mon pote me « lâche » au Forum des halles pendant qu’il part travailler.

Je passe l’après-midi à observer cette faune fascinante. Il y a des gens avec des looks incroyables. Des danseurs hip-hop beaux comme des dieux et ils dansent tellement bien, je pourrais passer des heures à les observer seul dans mon coin. Le soir on fait un « Paris by night » en voiture. Paris est encore plus belle la nuit avec toutes ces lumières qui subliment la ville, ses monuments et ses ponts.

Le lendemain, pendant que mon ami est au boulot, je décide de tenter une nouvelle expérience : aller dans un sauna gay.

Et là c’est le choc ! J’ai l’impression d’être mort et d’avoir atterri au paradis des gays ! Je suis à Univers Gym, un des plus grands saunas d’Europe (qui a malheureusement brûlé en 2004).

C’est grand, c’est propre, il y a des espaces sauna, hammam, jacuzzi et même une piscine. À l’étage, il y a des cabines individuelles avec des distributeurs de capotes et de gel.

Et surtout, il y a pleins de jolis garçons. Je ne sais plus où donner de la tête !

J’enchaîne les mecs avec une aisance déconcertante. Pas du tout timide, je suis en mode prédateur du haut de mes 21 ans. Comme un enfant dans un magasin de bonbons.

La sexualité en sauna n’est pas dénuée de tendresse et de séduction. Il y a ce garçon qui me tourne autour, il a une carrure de rugbyman. Je lui souris, il me fait signe de venir dans sa cabine. On ferme la porte. Il m’embrasse passionnément. J’ai une gaule de malade alors que j’ai joui il y a moins de quinze minutes avec un autre garçon.

Il veut me pénétrer, mais je suis un peu angoissé par la taille de son engin. Il accepte de se contenter d’une fellation. C’est un moment savoureux. Il est à la fois tendre et un peu dominateur en me tenant la nuque au moment de jouir…

Le hammam est mon endroit préféré. Je ne sais pas si c’est la chaleur, l’humidité ou cette vapeur qui brouille un peu la vue, mais la charge érotique du lieu me fascine. Je m’assois et j’observe. La plupart des mecs se branlent. Certains se sucent. Un jeune homme s’assoit à côté de moi et met sa main sur ma cuisse. Je comprends que c’est le signe qu’il a envie de s’amuser avec moi. Je le regarde. Il est mignon et me sourit. Je ferme les yeux et me laisse faire pendant qu’il me prodigue une fellation délicieuse. Je l’arrête juste avant de jouir. Je ne veux pas jouir déjà. Je veux que l’excitation dure. Il passe à un autre garçon.

Et puis à un moment, je rencontre un mec qui me plaît beaucoup. Il s’appelle Gérald. Avec lui au-delà de l’attirance physique évidente il se passe un truc en plus. D’habitude dans ce genre de lieux, une fois qu’on a joui, on se dit à la prochaine et on part recharger les batteries ailleurs.

Avec Gérald c’est intense sexuellement, mais aussi très tendre et on a une complicité immédiate. On décide de quitter le sauna ensemble pour aller manger un bout. J’étais entré vers 14 heures et il est déjà 21 heures. Dans ces lieux, la notion du temps disparaît.

La nuit est tombée, mais on ne veut pas se quitter… Je demande à mon ami si Gérald peut dormir avec moi chez lui ce soir et il accepte.

Le 31 décembre, je passe le réveillon à la Loco, la boîte du Moulin Rouge, avec mon pote, ses amis et Gérald. C’est une soirée hétéro, mais on passe la soirée à se rouler des pelles devant tout le monde. On a 21 ans et le monde nous appartient.

Deux jours plus tard, je dois rentrer à Aix et Gérald à Dijon où il fait ses études. On décide de poursuivre notre relation à distance.

En rentrant à Aix, j’ai pris une décision : je veux vivre à Paris !

Extrait du livre T’as pas le sida j’espère?! disponible en version papier et en version numérique.

Crédit photo : Nina Zaghian

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