Chapitre 33 : Mes nuits fauves

De retour à Paris, je revois Luc et je lui explique que je l’apprécie beaucoup et j’aime les moments qu’on passe ensemble, mais je n’éprouve pas de sentiments amoureux comme lui. Ça le blesse et je me sens minable.

Quelques jours plus tard, rendez-vous chez le chirurgien qui m’a retiré les condylomes. Mauvaise nouvelle, il en reste un peu. On doit réopérer. C’est un cauchemar. Nouvelle anesthésie générale et de nouveau plusieurs mois sans sodo !

Quand je vais en sauna ou bordel, je refuse qu’on me touche le cul par peur d’avoir mal. Un mec sur deux s’en va. J’essaie d’être actif, mais impossible de bander dans une capote et j’ai trop peur de transmettre le VIH (je ne suis pas encore sous traitement).

Du coup, je commence à fréquenter des lieux plus « hard » et fetish et notamment le Secteur X, un bar à cul dans le Marais.

Les jeux BDSM m’ont toujours attiré et j’explore une facette de ma sexualité plus cérébrale. Pas forcément violente, car je tolère très peu la violence physique à part des petites baffes/fessées quand c’est bien fait (les mecs qui te défoncent les tympans en voulant te baffer, c’est non !).

Je commence à assumer aussi certains de mes kinks : les mecs en jogging/baskets, les mecs qui fument (ça doit remonter à Marlon Brando dans A Streetcar Named Desire ), les mecs qui pissent (je regrette de ne pas avoir connu la grande époque des pissotières à Paris), etc.

Par contre le cuir ne me fait pas du tout bander et c’est un truc qu’on retrouve beaucoup dans ce genre de lieux.

L’ambiance dans les bars à cul dits « hard » est en réalité plus chaleureuse que dans les saunas/bordels plus « mainstream ». Les mecs se sourient et se parlent plus facilement, ça rigole au bar.

En bas c’est plus animal, on est souvent torse nu, voire totalement à poil ! On se renifle, on se palpe. Ça sent la transpiration, la pisse et le poppers . Ça sent la testostérone, ça sent le mâle et j’adore ça.

Je me souviens de situations improbables comme ce jour au Secteur X où je discute politique avec un mec en train de se faire fister ou encore un plan suce au Bunker où je me retrouve tout à coup à genoux entouré de quatre mecs qui se branlent autour de moi en mode bukkake .

Je me sens vivant dans ces lieux, je me sens beau, je me sens désiré.

Il n’y a plus de barrières sociales aussi. Un cadre dirigeant peut se retrouver soumis en train de se faire pisser dessus. Je découvre aussi le puppy play . Tout cet univers de jeu et de lâcher-prise est totalement libératoire et exutoire.

On échange peu en bas, souvent on connaît à peine le prénom de nos camarades de jeu. On passe d’un cul à un autre, d’une bite à une autre. C’est enivrant.

Un jour au Secteur X, je rencontre un mec qui me plaît beaucoup. Il est plutôt domi en bas, puis juste après qu’on ait joui, il me prend dans ses bras pour un long moment de tendresse.

Ce n’est pas rare d’échanger de la tendresse dans ces lieux. C’est à la fois étrange et très intense de serrer fort un mec dont tu ne connais même pas le prénom.

Après notre moment câlin, le mec m’invite à boire un verre au bar. On matche bien tous les deux. Il est habillé en jogging, baskets, ma tenue fetish préférée. On se chauffe à nouveau et je vois son sexe grossir à travers son jogging. Il ne porte pas de sous-vêtements, ce qui m’excite terriblement.

Il me propose de passer la nuit chez lui. On passe la nuit à baiser et se lover. Au petit matin, il va chercher les croissants et me prépare un super petit dej. Je me dis que c’est trop beau pour être vrai.

Et j’ai raison. La télé est sur BFM, Marine Le Pen en interview. Le mec me dit qu’il adore cette femme. Sur le coup je crois à une blague, du second degré. Mais non, je découvre avec horreur que j’ai passé la nuit avec un militant FN, un de ces (de plus en plus nombreux) pédés fans de Marine.

Le mec m’explique qu’il est cadre à la SNCF et qu’il n’en peut plus de la « racaille » et de l’ « islamisation » de la France. Il ajoute : « Si on n’agit pas rapidement, bientôt on ne sera plus chez nous, on bouffera hallal et les mosquées auront remplacé les églises. »

Je me rhabille en quatrième vitesse sans me doucher et sans toucher à son super petit dej. J’ai besoin d’air. Je lui explique que mes convictions politiques sont à l’opposé du FN et qu’on va en rester là.

Il tente de me retenir, en vain. En sortant de chez lui, j’ai quasiment la nausée. Il m’envoie un SMS quelques minutes plus tard : « Tu me fais passer pour un facho, mais c’est les mecs comme toi de gauche qui êtes les plus intolérants. »

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