10 bonnes raisons de fêter mes 10 ans de VIH !

Je vois déjà la team premier degré s’offusquer de ce titre (sans lire la suite bien sûr…) : « la Colby banalise le VIH, c’est criminel d’avoir un tel discours bla bla bla… ».

En fait ce qui est criminel c’est de continuer d’entretenir la stratégie de la peur avec des discours anxiogènes sur le VIH, la souffrance et la mort qui découragent certain.e.s de se faire dépister et/ou traiter.

Moi au contraire je dis qu’aujourd’hui, en France, si on est dépisté et traité rapidement du VIH on a une espérance de vie normale.

En ce qui me concerne, et je ne parle qu’en mon nom, je vais aller au-delà en disant que je vis mieux avec le VIH qu’avant mon diagnostic.

J’ai donc décidé de fêter mes 10 ans de VIH avec mon mec et mes ami.e.s.

Pourquoi me direz-vous ?

1/Parce que grâce à mon traitement je ne peux pas transmettre le VIH.

Ça peut paraître anodin mais dans la vie d’un.e séropo c’est une RÉVOLUTION de savoir que, grâce à notre traitement, le virus est contenu et qu’on ne peut pas le transmettre à nos partenaires. On ne le répètera jamais assez : VIH + TRAITEMENT = ZÉRO TRANSMISSION !

Personnellement je refuse le terme maladie. Pour moi le VIH est une infection chronique contrôlée qui n’a aucune raison de passer en stade sida. Je domine mon ce virus, pas l’inverse.

2/Parce que je prends soin de ma santé globale.

Quand j’étais séronégatif j’avais peu de considération pour ma santé et peu d’informations en santé sexuelle. Depuis mon diagnostic je n’ai jamais été aussi bien suivi. J’ai un généraliste en ville qui est expert en VIH, un suivi en santé sexuelle au centre Le 190 et je suis de très près l’actualité médicale, les vaccins et les avancées thérapeutiques.

3/Parce que je suis chanceux d’avoir été diagnostiqué en 2009 et pas en 1989.

Je pense souvent à celles et ceux qui sont parti.e.s ou qui (sur)vivent avec le VIH depuis les années 80/90. Elles/ils font partie de cette même communauté de destins. Je ne les oublie pas. Bien sûr nous n’avons pas du tout le même vécu et je me sens privilégié d’avoir eu accès aux nouveaux traitements qui me permettent une espérance de vie normale et beaucoup moins d’effets indésirables.

4/Parce que le VIH m’a rendu militant !

Dans le fond j’ai toujours eu une âme de militant. Profondément anti raciste et anti discriminations. En 2002, j’avais 19 ans, j’étais étudiant à Aix-en-Provence et je manifestais contre l’arrivée de Le Pen au second tour des présidentielles. Mais c’est en poussant la porte de Aides fin 2010 que j’ai pu faire de mon militantisme une réalité palpable au quotidien.

5/Parce que je me suis fait une nouvelle famille dans la lutte contre le VIH.

J’étais paumé quand j’ai chopé le VIH en 2009. Fraichement célibataire après une relation fusionnelle de 4 ans, aucun ami gay. Des parents décédés, un frère lointain…

Je passais tous mes weekends dans les saunas et les bordels avec peu d’estime de moi et peu de considération pour ma santé.

Apprendre ma séropositivité en décembre 2009 a été un électrochoc.

Socialement, j’ai vécu deux années difficiles entre 2009 et 2011 et puis en rejoignant Aides, je me suis tissé petit à petit un réseau riche de connaissances d’abord puis de vrais ami.e.s qui sont devenu ma famille de cœur (David, José, Antoine, Pierre, Lucas, Irène, Nathan, Dom, Stephan et les autres… je vous aime).

6/Parce que j’ai rencontré mon homme grâce à la lutte contre le VIH

C’était le 5 décembre 2013 à une soirée au local de Aides Paris 8. Fun fact : le thème de la soirée était la santé anale avec la présence d’un procto ! On est allés manger dans un Jap après la soirée, il pleuvait ce jour-là mais on a fait le chemin jusqu’au métro ensemble… Nous fêterons nos 6 ans ensemble dans quelques jours. Il est aujourd’hui salarié d’une asso VIH (Actions Traitements) et président de la Région Aides Ile-de-France. Je suis très fier de lui, son parcours, ses valeurs et notre combat commun. C’est mon roc. Je l’aime.

7/Parce que je n’ai pas honte

Quand je me suis pointé avec un t-shirt « séropo et fier » à la Marche des Fiertés LGBTQ 2018, certains ont pris ce message au premier degré. La « sérofierté » c’est tout simplement le contraire de la honte. C’est un acte politique d’affirmation de soi. Je n’ai pas choisi d’être séropo mais je n’ai pas à en avoir honte. J’ai choisi d’être visible et d’en parler sans baisser la tête pour toutes celles et ceux qui ne peuvent pas le faire.

8/Parce que mon parcours avec le VIH a donné naissance à mon blog

Quand j’ai décidé de lancer ce blog pendant l’été 2018, j’étais loin de m’imaginer à quel point l’écriture était thérapeutique pour moi. Loin de m’imaginer aussi que j’aurais autant de retours positifs (et quelques négatifs aussi, ça fait partie du jeu quand on s’expose…).

Aujourd’hui mon blog est décliné sur plusieurs supports : le web et les réseaux sociaux bien sûr mais aussi une chronique mensuelle dans AgendaQ et une autre dans l’émission Homo Micro.

9/Et à mon site Parcours Positif.

J’ai lancé Parcours Positif en janvier 2019 principalement pour les personnes qui découvrent leur séropositivité. Souvent le reflex est de taper sida dans Google et là on se retrouve avec des images angoissantes et datées qui ne correspondent pas à la réalité du VIH en France en 2019. Mon rêve serait que cet outil soit utilisé par les soignant.e.s et associations en cas d’annonce de séropositivité.

10/et bientôt un livre ?

La prochaine étape est l’écriture d’un livre. Au début je trouvais ça un peu prétentieux et à vrai dire je n’assumais pas le mot livre alors je disais « j’ai un projet d’écriture ».

Aujourd’hui j’assume. Je le fais avant tout pour moi. C’est une écriture très spontanée, très libre, très cathartique. Quand je l’aurais fini, je le ferai relire par mon cercle proche puis je déciderai de quelle façon je veux/peux le diffuser.

Tout n’est pas rose, depuis que j’ai lancé mon blog je n’ai plus de nouvelles de mon frère. Si mon livre est publié je crains que ça n’arrange pas notre relation déjà compliquée…

Malgré tout je reste déterminé. Écrire me fait du bien et je sais que mes écrits font du bien à de nombreuses personnes séropositives qui sont invisibilisées et n’ont pas mon privilège d’évoluer dans une bulle parisienne safe composée de gens militants et bienveillants.

Alors on danse ?

Illustration : Batsuking

Relecture : Cédric

2 réflexions au sujet de “10 bonnes raisons de fêter mes 10 ans de VIH !”

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