Laisse Le Vent Emporter Tout

En mai 2001, mes amis organisent une fête surprise pour mes 20 ans. Toute ma bande de la fac se réunit dans un appartement pendant que je m’apprête à sortir en boîte avec Pamé.

Sur le chemin de la boîte, elle prétexte une grosse envie d’aller pisser pour s’arrêter dans l’appartement en question. Elle me laisse passer devant. Je ne me doute de rien et au moment d’ouvrir la porte, c’est le mythique « surpriiiise ». Je suis surpris et ému.

Ce sont mes derniers moments d’insouciance avant une période très sombre.

Ma seconde année universitaire commence avec un coup de massue. La cancérologue de Maman nous convoque mon frère et moi en octobre 2001 et nous annonce qu’il n’y a plus d’espoir et que c’est une question de semaines.

Pendant le chemin du retour, mon frère met la musique à fond dans sa voiture comme pour éviter d’en parler. Moi, je retiens mes larmes devant lui. Cette foutue pudeur.

De retour chez ma mère, on évite le sujet. Je me demande si elle sait. Elle doit le sentir.

Un soir, en novembre, elle est hospitalisée et elle m’appelle en pleurs. Elle semble délirer, sûrement sous l’effet des antidouleurs très puissants, ils doivent lui donner de la morphine.

Elle me dit qu’elle est mouillée, qu’elle a froid, elle pleure. J’imagine qu’elle s’est urinée dessus et que personne ne l’a nettoyée. À ce moment-là, je suis à Aix avec Aurélie et Virginie et je me sens terriblement impuissant. Je n’arrête pas de pleurer. De retour dans ma petite chambre, j’écris une longue lettre à Maman dans laquelle je lui exprime tout mon amour et ma reconnaissance.

Le lendemain, je vais la voir à l’hôpital et je lui remets la lettre en lui disant de ne pas la lire devant moi.

À un moment, l’infirmière vient lui changer le pansement du cathéter et là j’ai une vision d’horreur. Maman est d’une maigreur cadavérique…

Ma vie s’effondre au matin du 13 décembre 2001. Mon frère m’appelle et sans qu’il n’ait à le dire clairement, je comprends à sa voix que Maman est partie. Terrassée par ce salaud de cancer. Maman est morte onze jours avant Noël. Elle a beaucoup souffert. 

La dernière fois que je l’ai vue, c’était trois jours avant sa mort, j’étais rentré à Miramas pour le week-end et elle était très affaiblie. Dimanche, soir au moment de prendre mon bus pour Aix, je me suis retourné quand je sortais de l’immeuble et je l’ai vue à la fenêtre de la cuisine me dire au revoir. C’était un rituel entre nous, mais cette fois son au revoir était plus insistant que d’habitude, comme si elle savait qu’il serait le dernier…

Les heures qui suivent sont floues. Mon frère vient me chercher à Aix, direction l’hôpital d’Arles où se trouve le corps sans vie de Maman. Un de ses pneus a crevé sur la route, on manque d’avoir un accident.

Ce soir-là mon frère me propose de dormir chez lui, mais j’insiste pour aller chez ma mère. J’ai besoin de la sentir une dernière fois. En réalité, l’appartement sent la maladie et la mort.

Je passe la nuit à écouter mes CD de MJ, Madonna et Mylène, particulièrement trois chansons que j’écoute en boucle : Heaven Can Wait de MJ, Laisse le vent emporter tout de Mylène et Paradise (Not for Me) de Madonna.

Il neige le jour de ses obsèques et je tiens à peine debout, soutenu à bout de bras par Virginie et Aurélie. Je ne pleure pas devant les gens, mais je m’effondre chaque soir dès que je rentre et que je suis seul chez moi.

Je vais pleurer pendant des mois, je ne pensais pas qu’on pouvait pleurer autant.

Impossible pour moi de revenir vivre à Miramas, on doit vider l’appartement de Maman. Je passe la semaine à Aix et les week-ends je dors chez mémé Yvonne.

Ce noël, je n’ai aucune envie de réveillonner, mais je me force à aller chez mon frère avec sa belle-famille. Je suis physiquement présent, mais mon esprit est ailleurs.

Je me sens seul au monde…

Chapitre 12 du livre T’as pas le sida j’espère?!

2 réflexions au sujet de “Laisse Le Vent Emporter Tout”

  1. Bonjour Fred,
    Je viens de terminer ton livre et je suis très admiratif de ton témoignage et de ton parcours. Par moments je m’identifie avec tes vécus et ta façon d’être.
    Bravo pour ta franchise!
    Bien à toi,
    Guilherme

    Aimé par 1 personne

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