Slut Shaming : La « mauvaise image » vous emmerde!

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Aujourd’hui j’ai envie de faire un coup de gueule sur un truc qui m’exaspère : le slut shaming intracommunautaire infligé entre personnes LGBTQ.

Il ne se passe pas un jour sans que je lise sur les réseaux sociaux des messages qui me font bondir. Pas plus tard que cette semaine sur twitter, un gay a traité un autre gay de « pute » pour avoir posté un selfie sexy et il a ajouté « c’est triste de renvoyer une telle image d’une communauté ».

Pire chaque année à l’approche des Marches Des Fiertés LGBTQ on a droit à un discours insupportable qui consiste à dire que certaines personnes donneraient une « mauvaise image » de l’homosexualité en venant habillés en cuir, en trav, en string ou en faisant du dog training en pleine rue devant de pauvres enfants innocents (qui n’ont pas du tout accès à la violence non-stop ou à l’hyper sexualisation des femmes à la télé et sur le web…).

Quand on creuse un peu et qu’on discute avec ces gens on se rend compte que ce sont souvent des gays « hétéronormés » qui se définissent comme « hors milieu » (expression qui ne veut pas dire grand chose tant la notion de milieu gay est vaste et subjective). Ils ont une vie (prétendument) bien rangée et calquée sur le modèle hétéro loin du ghetto que représentent à leurs yeux les lieux de convivialité gays, les saunas, les bars à cul etc…

Le gay « hors milieu » va souvent à la gym, il est « viril  » quitte à surjouer sa masculinité (« masc for masc » sur les applis de drague), il ne fréquente pas les bars, les saunas ou les clubs gays mais quand il a vraiment envie de baiser il se connecte sur une appli de drague, la sexualité étant son seul et unique lien avec sa communauté.

Attention je ne juge pas les gays qui veulent une vie hétéronormée. Chacun sa vie chacun ses choix. Le problème c’est quand EUX commencent à juger ma vie et celle des autres.

Ils rejettent en masse le mouvement Queer, les LGBT dits « radicaux » qui se battent pour l’égalité des droits et la convergence des luttes, les folles, les trav, les gros, les vieux, les toxixos, les séropos, les putes, les fétichistes et tout ce qui pourrait leur faire HONTE lors d’un diner en ville avec leurs amis hétéros ou lors d’un brunch en famille.

En réalité ils rejettent leur propre communauté et leur propre histoire. Un peu comme les noirs qui votent FN ou les femmes qui sont contre le droit à l’IVG. C’est une sorte d’homophobie intériorisée un peu comme les homos refoulés qui frappent des gays ou les homos cathos qui défilent à la Manif Pour Tous contre leurs propres droits…

Ils sont contents d’avoir à peu près les mêmes droits que les hétéros en 2018 et pouvoir se marier à la Mairie devant toute leur famille mais ils oublient que ce sont les folles, les travs et les gouines radicales qui ont commencé ce long combat, d’abord aux USA à Stonewall en 1969, puis en France en 1971 avec le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR).

Il faudra attendre 10 ans avant de voir en France la première « Marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes » organisée par à Paris, le 4 avril 1981. 10 000 personnes manifestent de la place Maubert à Beaubourg. L’année suivante, l’homosexualité est enfin dépénalisée par le gouvernement socialiste de Mitterrand.

Connaitre son histoire c’est important pour savoir d’où on vient et où on va. Un homme cisgenre, gay, blanc a une position élevée dans l’échelle des privilèges sociétaux et il devrait s’en servir pour aider les autres minorités moins visibles plutôt que les rabaisser ou les invisibiliser.

Moi j’ai conscience de mon privilège d’homme blanc cis et c’est pourquoi j’ai soutenu, par exemple, le cortège de militant-es racisé-e-s lors de la dernière marche des fiertés. Parce que j’estime que les LGBTQ noirs et arabes ont besoin de plus de visibilité.

Dans mon parcours de vie personnel et associatif, j’ai rencontré et échangé avec toutes les minorités possibles et imaginables : des putes, des fétichistes, des naturistes, des échangistes, des mecs en cuir, des puppies, des soumis, des domis, des travestis etc (liste non exhaustive) et j’ai appris beaucoup de chacune de ses communautés à commencer par le non jugement des pratiques et le respect qui règne entre eux. A partir du moment où une pratique sexuelle se fait entre adultes consentants où est le problème?

Pourquoi ce retour à l’ordre moral judéo chrétien dans notre propre communauté qui a tant souffert du jugement des autres ? Qu’est ce qui fait si peur au gay « hors milieu » quand il voit un mec déguisé en chien à la Marche Des Fiertés ? Il y a peut être une forme de frustration, voire d’envie, de voir certains aller jusqu’au bout de leurs fantasmes?

Même constat avec les mecs qui fréquentent les backrooms… Pendant des années j’avais honte de dire à mes amis que j’aimais l’ambiance cruising des saunas et des bars à cul. C’est vrai, j’aime le jeu de chasse dans ces endroits, j’aime le sexe anonyme, limite animal, j’aime quand on se croise, qu’on s’effleure, qu’on se palpe, qu’on se renifle…

Je n’en parlais pas avant car j’avais peur de passer pour une « salope » le mot est lâché. C’est l’insulte suprême chez certains gays et ça en dit long sur nos propres représentations hétéro sexistes de la femme dite « facile » sans parler du fait que c’est carrément insultant pour les travailleuses et travailleurs du sexe qui font un travail admirable (perso j’ai plus de respect pour les prostitué-e-s que pour les banquiers mais c’est surement mon côté gauchiste !). C’est en venant chez Aides et en participant à des groupes d’auto support comme « Mêle Toi de Ton Cul ! » que ma parole s’est libérée à ce sujet.

Parlons un peu de la monogamie chez les couples gays. Je pense que ce sujet mérite son propre billet mais je dirai juste que j’ai du mal avec le concept de couple fidèle. Déjà où commence la fidélité? C’est un terme subjectif. Chez certains le simple fait de mater un autre mec dans la rue c’est déjà tromper! C’est ce que j’appelle les jaloux possessifs (et perso ça me fait fuir…). Pour d’autres un plan à 3 (ou plus) avec son mec et d’autres partenaires c’est le compromis idéal. D’autres enfin font le distinguo entre la fidélité du coeur et celle du cul. Pour eux si leur mec a un RDV romantique au resto c’est plus problématique que s’il allait faire un plan bukake au bordel!

En fait c’est a chacun de définir sa propre notion de la fidélité. Pour ma part je préfère parler de couple ouvert et de couple exclusif. Un couple ouvert avec ses propres règles est pour moi tout aussi respectable qu’un couple exclusif. Je ne juge pas les couples qui se marient et se jurent fidélité comme dans un conte de fée hétéro si c’est leur truc et qu’ils sont heureux comme ça. Inversement j’aimerais que les gens en couples exclusifs évitent de juger et dénigrer les gens en couples ouverts.

Autre sujet qui peut déraper sur du slut shaming, la dichotomie actif/passif. Pendant longtemps actif à été associé au rôle de l’homme dans un couple hétéro donc forcément viril puissant et dominateur et passif associé au rôle de la femme donc forcément efféminé, faible et soumis. On reproduit les mêmes schémas d’oppression de nos amis hétéros mais en pire! C’est carrément le moyen âge en terme de représentations sexistes. Du coup certains mecs ont honte de dire qu’ils aiment être passifs car le pénétré est forcément le plus faible. Se faire enculer un signe de faiblesse? Les passifs toutes des salopes? Certainement pas mais parfois on se conditionne et on s’enferme dans un rôle hétéro normé parce que c’est rassurant. Je ferai un billet sur les rôles actif/passif un jour car il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet.

Parlons maintenant des séropos souvent associés à une sexualité dite « dépravée » car c’est bien connu les séropos adorent prendre du jus en bouche et/ou dans cul. et puis après tout le VIH « ils l’ont bien cherché » (je vous jure que je n’invente rien j’ai les captures écran de Twitter avec des propos sérophobes de ce genre!).

Aujourd’hui sur les applis de drague les nouvelles cibles du slut shaming sont les mecs sous PrEP. Peu importe le fait qu’ils soient mieux dépistés et traités que la moyenne, certains ont tendance à ne focaliser que sur le sexe sans capote et à les mettre forcément dans la catégorie « putes à jus »…

J’ai envie de dire « et alors » ? Après 35 ans de capote, une sexualité plus libre sous PrEP et sous TasP est désormais envisageable pour celles et ceux qui le souhaitent. Faut-il les lapider en place publique ? Ou alors les encourager à prendre soin de leur santé sexuelle globale en se faisant dépister régulièrement et en notifiant leurs partenaires en cas d’IST ? Je choisis évidemment la 2ème option.

Pour finir j’ai un message à faire passer à celles et ceux qui ne veulent pas rentrer dans une case hétéro normée et qui revendiquent des modes de vie et des sexualités alternatifs : Amusez-vous ! Que vous soyez fétichistes des baskets, exhib sur Instagram, en trouple ou heureux avec une queue de chien, ne laissez personne vous juger et vous rabaisser. La vie est trop courte pour passer à côté de ses envies pour des questions de morale ou de « bonnes moeurs ».

Enfin aux gays qui passent leur temps à juger et dénigrer ceux qui ont un mode de vie different : souvenez-vous qu’on est tous le « freak » d’un autre. Peut être que les backrooms ou le dog training vous dégoutent mais n’oubliez pas que pour beaucoup de gens la sodomie « c’est contre naturreuuuuuh! » alors vous savez quoi? La « mauvaise image », elle vous emmerde !

5 réflexions au sujet de “Slut Shaming : La « mauvaise image » vous emmerde!”

  1. J’adhère complètement à ton article. J’aime le sexe et je l’assume totalement comme peuvent le faire les hétérosexuels. Et je ne pense pas salir la fameuse communauté homosexuelle…… D’ailleurs existe-il une communauté hétérosexuelle ?

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  2. Je suis totalement d’accord. Sauf quand, à ton tour tu traites d’autres gays « d’hétéronormés ». Plein de fois, je me suis fais traité « d’hétéronormé » par des gens qui me faisaient comprendre par là que je n’avais pas ma place parmi eux. Quand on traite quelqu’un d’hétéronormé (souvent après dix minutes de vie commune, pas besoin de plus pour lancer un bon gros jugement de valeur) on nie à cette personne son histoire, sa singularité, sa faculté à choisir et à élaborer une relation au monde, pour réduire tout ça à « il n’est pas comme moi, donc c’est un pur produit décérébré de la société hétéro-patriarcale ». C’est tout aussi affligeant.

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