Comment réussir son coming out séropo?

Pendant plusieurs années j’ai co-animé des groupes de paroles (ou auto support) chez Aides pour des personnes vivants avec le VIH et une question revenait tout le temps : Comment, à quel moment et à qui parler de son statut sérologique.

Je préfère l’expression coming out séropo car j’y vois une analogie avec le coming out LGBTQ. C’est une question complexe et très personnelle mais je vais essayer d’y répondre avec mon vécu, mon humour et ma distance.

La première chose à savoir c’est qu’il n’y a pas de moment idéal. Certains le font dès l’annonce du diagnostic, d’autres des années après voire jamais ; chacun a ses raisons, son histoire et personne ne doit juger ça.

Je distingue le coming out séropo en 4 catégories : Famille, ami-e-s, amants; reste du monde.

1/La famille : Surement le plus difficile tout comme pour le coming out LGBTQ. Tout dépend bien sur du type de famille. Si vous avez grandi dans une famille catho de droite qui a soutenu la Manif Pour Tous, préservez vous! Au moins ils en sauront au mieux ce sera pour VOUS. Si votre famille est abonnée à Libé, a voté Hamon en 2017 (si si il y en a!) et écoute Inter tous les matins le terrain sera plus favorable. Et encore…

Pour moi ça n’a pas été trop difficile, mes parents sont décédés il y a plus de 10 ans, je n’ai qu’un frère qui vit dans le sud de la France et à qui j’ai décidé de le dire assez rapidement bien que ce soit devenu un non sujet, voire un sujet tabou. J’ai épargné ma grand mère qui avait 80 ans à l’époque (et qui repose en paix aujourd’hui), qui n’aurait pas compris voire aurait eu très peur de me voir mourir dans d’atroces souffrances (épargnons nos papis/mamies de trop de soucis).

2/Les amis : Pour moi les amie-e-s sont la famille de coeur que je me suis choisi surtout après avoir quitté ma petite ville de province pour Paris. Ne pas leur dire me semblait inconcevable. Ce sont donc les premières personnes à qui j’en ai parlé et j’ai la chance de n’avoir eu que du soutien et de la bienveillance. Tout le monde n’a pas cette chance et j’ai tendance à penser que ce genre d’annonce permet de faire du tri dans notre entourage même si ça peut être douloureux à vivre.

3/Les amants : La vie affective et sexuelle des personnes vivant avec le VIH dépend beaucoup de la façon dont nos partenaires vont réagir à l’annonce du VIH et aussi à leur niveau de connaissances sur le sujet. Perso j’ai tout essayé comme méthodes. Le dire le premier soir (et me voir raccompagner à la gare RER à minuit car le mec ne voulait même pas dormir avec moi…), l’annoncer dans un long mail au bout de 3 semaines (pas très spontané), l’annoncer par SMS (là aussi pas tip top), l’annoncer au 3ème RDV (le temps que mon mec de l’époque apprenne un minimum à me connaitre et ne me réduise pas à un virus) et avec mon homme ce fut un non sujet puisqu’il le savait déjà étant donné qu’on s’est connu chez Aides et que je parlais librement de mon statut sérologique dans l’asso.

Mon conseil est de faire le distinguo entre un plan cul et un crush. Au sauna, en backroom ou en plan direct, je ne vois pas l’interêt d’en parler. A partir du moment où vous êtes sous Tasp et indétectable, parler de votre nombre de CD4 n’apportera rien au plan si ce n’est que vous risquez de vous retrouver à faire un cours de VIH et c’est pas hyper bandant comme sujet!. Par contre si le plan d’un soir devient un régulier voire un crush, il me semble plus sain et honnête d’aborder rapidement le sujet ne serait-ce que pour vous éviter un éventuel rejet, une déception voire un coeur brisé. Il n’y a pas de moment idéal mais perso je préférais le dire rapidement pour me débarrasser du sujet et pour me préserver.

4/Le reste du monde : En décidant de faire un coming out public en 2016, j’en ai fait un acte militant pour faire de la visibilité et faire passer des messages positifs (on en sort jamais de ce terme!). Bien sur j’ai réfléchi longtemps avant de le faire, j’ai aussi attendu que mes neveux/nièce soient plus grand-e-s et ma grand mère plus vraiment en capacité de comprendre. Mais du coup cette annonce ne m’appartenait plus. Mes cousins, mes voisins, mes collègues, ma belle famille etc allaient l’apprendre en me voyant à la télé ou sur Facebook. So what? Rien n’a changé depuis au contraire j’ai reçu de nombreux messages de soutiens. Mais j’ai conscience que je suis privilégié dans ma petite bulle parisienne et entouré de gens militants et bienveillants. Mais attention un coming out public doit être bien réfléchi en amont car j’ai droit aussi à mon lot de trolls et haters sur les réseaux sociaux… Cela fait malheureusement partie du package…

Maintenant parlons des réactions à avoir et à ne pas avoir face à un coming out séropo que je vais distinguer de la meilleure à la pire!

-L’empathie/le non jugement : Etre à l’écoute sans juger, sans banaliser (évitez les phrases du genre « c’est pas grave on vit bien avec aujourd’hui » car c’est, au mieux maladroit, au pire condescendant). Proposer à la personne de l’accompagner à ses premiers rdv médicaux, se documenter avec lui ou elle sur la vie avec le VIH et accepter aussi le silence, la distance, le temps pour la personne concernée de digérer cette nouvelle parfois traumatisante. Ce sont pour moi les réactions idéales.

La pitié/le drama : Je n’ai jamais compris les personnes qui pleuraient face à un coming out LGBTQ et/ou séropo. Moi j’ai eu droit aux 2… Je trouve ça incroyablement égoiste. Pire j’ai eu droit à une personne qui me dit « t’as pas le SIDA au moins? » et devant ma mine déconfite, elle lâche son plat à gateau des mains, le plat explose au sol, le bébé à côté se met à pleurer et moi je me liquéfie littéralement en me demandant comment je vais me sortir de ce cauchemar! On se retrouve alors à devoir rassurer et calmer les personnes qui sont censées le faire pour toi… C’est le monde à l’envers!

-La moralisation/culpabilisation : J’ai eu droit à des phrases du genre « mais comment ça a pu t’arrivé? Tu es bien informé pourtant » ou encore « ça devait bien arriver un jour je t’avais dit que le Dépôt c’était une boite à SIDA » (VÉRIDIQUE). Voilà une façon tout à fait détestable de faire culpabiliser des personnes déjà très affectées par l’annonce de leur séropositivité. Un peu comme une fille violée à qui on reproche d’avoir mis une mini jupe ou une personne atteinte d’un cancer des poumons à qui on reproche d’avoir fumé toute sa vie. C’est NON!

En conclusion aux séropos qui me lisent et qui n’ont pas encore fait leur coming out : prenez votre temps, choisissez le bon timing, les bonnes personnes, préservez vous des gens toxiques et intolérants. Faites vous confiance et suivez votre instinct.

Aux séronegs qui vont surement devoir un jour réagir face un ami, un membre de votre famille ou un amant qui fera son coming out séropo : soyez à l’écoute, sans jugement, sans moralisation, sans culpabilisation et ne lâchez pas votre plat à gateau 😉

4 réflexions au sujet de “Comment réussir son coming out séropo?”

  1. Bonjour Monsieur Fred,
    Vous le meritez ce titre. J’ai decouvert votre blog via des amis. Je ne vous connais pas, et le peu que j’ai lu me donne envie de suivre votre blog. Au delà de votre parcours, je retiens deux choses.
    Un homme de convictions qui donne de son temps pour prévenir et soutenir.
    Un homme qui dit vu que Paris ne suffit plus, je m’attaque à la terre entière grâce à Internet.
    Merci pour votre combat, et bonne continuation pour cette aventure.

    Aimé par 1 personne

  2. Bien vu… Et bien écrit !

    On développe peut-être une carapace au fil des années, mais chaque coming out continue d’être cette roulette où l’on ne sait quelle réaction on va avoir. Je ne compte plus les partenaires qui s’enfuient en courant et en criant à l’annonce de ma séropositivité, ni les colocataires qui rendent leur clé dans les semaines qui suivent.

    Heureusement la tendance va vers une meilleure information et grâce aux traitements préventifs beaucoup sont moins effrayés a l’idée d’un séropositif, même si un tri, plus subtil, continue de s’opérer. Par tri je veux dire discrimination.

    Il est donc important de s’entourer d’un réseau de soutien solide, de comprendre que les réactions ne changent pas qui on est et qu’aucune honte ou culpabilité quant à son statut sérologique n’est à avoir… mais tout ceci peut prendre longtemps à comprendre.

    Merci de parler aussi publiquement de ce sujet.

    Aimé par 1 personne

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