Chapitre 19 : Moonlight

Après un séjour express à Miramas pour passer Noël chez mon frère, je commence l’année 2004 avec une jolie rencontre au Dépôt le jour de la Saint-Valentin (comme quoi tout est possible !). Il s’appelle Omar , il est sénégalais, il est beau, gentil, affectueux et il est musulman.

À peine sorti du Dépôt, je lui propose de passer la nuit chez moi dans ma petite chambre de cité universitaire. On passe la nuit à faire l’amour, mais un truc me dérange. À chaque fois qu’il a joui, il va direct à la douche sans même un moment de tendresse post-éjaculation. Je lui dis que ça me met un peu mal à l’aise et que ce qu’on fait n’est pas sale. Il m’explique qu’il ne peut pas s’en empêcher.

Le lendemain, je me réveille et il est déjà douché et habillé, il est assis à mon bureau en train de lire le Coran. Il m’explique que c’est sa façon à lui de rester connecté avec sa famille qui vit au Sénégal.

On s’entend bien et on commence à se fréquenter. Je lui pose pas mal de questions sur sa famille, sa religion. J’ai envie que ça marche entre nous. Mais c’est compliqué pour lui de concilier une sexualité épanouie avec sa pratique de l’islam.

La culpabilité et la religion prennent le dessus. Étant moi-même athée, j’ai du mal à comprendre, mais j’essaie de faire preuve d’empathie.

Un jour, alors qu’on se balade dans la rue je l’appelle « bébé » et il se met en colère. Il me dit que je ne suis pas assez discret. Pas assez viril. Ça me vexe. On se dispute et je rentre chez moi.

Je me dis qu’on est en décalage. J’ai quitté le Sud et ma famille pour vivre librement ma sexualité. J’ai choisi Paris justement pour pouvoir me promener avec mon mec, lui tenir la main et l’appeler « bébé » en public. Je me suis affranchi de la honte et de la « discrétion » que la société impose aux couples homosexuels. Lui n’a pas (encore) fait ce chemin.

Au bout d’un mois, je décide d’arrêter là car je sens que je m’attache et que je vais souffrir.

Quelques années plus tard, je croise Omar à la soirée BBB. Visiblement, il s’est mis à la musculation. C’est une montagne de muscles. Impressionnant.

Quand j’y repense aujourd’hui, ça me fait penser au film Moonlight . Tout faire pour ne pas montrer qu’on est gay en cultivant une virilité exacerbée.

J’espère juste qu’il est heureux aujourd’hui. C’était un garçon gentil.

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