Le sérotriage en 2019 c’est NON !

Et si on arrêtait de demander le statut sérologique de nos plans cul ?

Question sur le groupe Facebook « PrEP Dial » début octobre : « si vous n’étiez pas sous PrEP, est-ce que vous croiriez quelqu’un qui vous dit qu’il est indétectable ? ».

La question n’est pas anodine et revient souvent sous différentes formes. Elle est problématique pour plusieurs raisons :

Elle entretient ce vieux fantasme sérophobe du séropo qui ment, qui prend mal son traitement voire qui cherche sciemment à transmettre le VIH à ses partenaires…

Alors oui ça a existé des gens comme et ça existera toujours, tout comme il y aura toujours des pédophiles et des violeurs. Mais perso ça fait plus de 15 ans que je fréquente le milieu gay parisien, les saunas et les bordels et j’en ai jamais vu…

Je pense surtout que c’est un vestige des plans « plombes » des années 90 avant l’arrivée des trithérapies. Alors si vous tombez sur un compte Grindr qui veut vous « plomber » il y a peu de chance que le mec en question sorte de son délire virtuel, peu de chance aussi qu’il soit réellement séropo et qu’il refuse sciemment de prendre un traitement juste pour le plaisir pervers de contaminer un maximum de mecs…

Aujourd’hui à l’heure où le VIH devient une infection chronique  contrôlée (je déteste le terme maladie) avec une espérance de vie normale ça n’a plus aucun sens.

Cette question pose surtout un problème de taille : de nombreuses personnes font reposer leur prévention sur une notion tout à fait irrationnelle : la confiance.

Pourquoi demander le statut sérologique d’un plan cul est contre-productif  voire dangereux?

D’abord parce que la personne en face ignore peut être qu’elle est séropo ! On le sait de nombreuses personnes ignorent sincèrement leur séropositivité et attendent des années avant de se faire dépister. La part des diagnostics tardifs, au stade sida, stagne à 29% en 2018. C’est énorme et c’est ce qu’on appelle l’épidémie non diagnostiquée (source : VIH.ORG)

C’est comme ça que l’épidémie perdure et non avec les séropos dépistées et traités qui ne transmettent pas le VIH.

Deuxième argument pour ne PAS demander le statut sérologique à un plan cul : Parce que, quand on est séropo et qu’on a subi le rejet et la sérophobie, on a pas forcément envie de parler de son dossier médical, de son nombre de CD4 ou de sa charge virale avec un inconnu. C’est non seulement intrusif mais surtout ça n’a aucune plus-value à partir du moment où on est sous traitement avec une charge virale indétectable.

Oui j’ai déjà baisé sans capote en sauna/bordel et oui j’ai subi des rejets violents en annonçant que j’étais séropo alors désormais j’élude la question où je dis que je suis sous PrEP puisque visiblement ça rassure plus…

Je sais que parler de ma séropositivité à une personne qui a une peur irrationnelle du VIH m’expose au pire à un rejet et au mieux à un cours de 30 mn sur la vie avec le VIH, le TasP etc… Je fais ça tous les jours dans mon boulot et ma vie de militant. Je n’ai pas envie de le faire au sauna ou au bordel.

Pour moi le problème de la confiance est vite réglé dans le contexte d’un plan cul, d’une partouze ou d’une sortie au sauna/bordel :  ne faites confiance qu’à vous-même ! Vous ignorez si votre partenaire est à jour de ses dépistages ou s’il est en capacité de parler de son statut sérologique.

La prévention est individuelle. C’est à vous de la prendre en main. La responsabilité est partagée dans le cadre d’un rapport sexuel entre adultes consentants.

Si vous êtes séropo multi partenaires, le TasP protège vos partenaires avec ou sans capote. Pensez quand même à faire un check up IST tous les 3 mois et à consulter un procto (voir la chronique du mois dernier).

Si vous êtes séroneg multi partenaires, je ne peux que vous conseiller de prendre la PrEP, c’est aujourd’hui l’outil le plus efficace pour vous protéger du VIH. Bien sur si vous êtes à l’aise avec la capote en toute circonstance (y compris pour la fellation et sous l’effet de l’alcool et/ou de la drogue) ne changez rien !

En résumé pour ne pas se prendre la tête et pour ne pas créer une situation de malaise avec votre partenaire, 3 règles simples :

-Prévoyez votre outil de protection AVANT le rapport sexuel : TasP et/ou capote et/ou PrEP.

-Faites-vous dépister TOUS LES 3 MOIS du VIH et des IST.

-En cas d’infection, faites-vous traiter RAPIDEMENT pour avoir rapidement une charge virale indétectable et ainsi casser la chaine des transmissions.

La séro triage en 2019 c’est NON !

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