Chapitre 15 : Tu prends combien ?

De retour à Aix, j’ai deux obsessions : ma relation avec Gérald et mon envie de partir vivre à Paris. Je ne dis rien à ma famille, mais je m’inscris à la Sorbonne pour la rentrée 2003 avec l’espoir d’avoir une chambre en cité universitaire. Je n’y crois guère.

La vie à Aix est assez heureuse, mais j’ai l’impression d’avoir déjà fait le tour de cette ville. Je passe quand même de très bons moments avec Aurélie et Virginie. D’ailleurs Aurélie aussi s’inscrit à la fac à Paris.

Le week-end, j’alterne les retours à Miramas et les escapades à Dijon chez Gérald.

À Miramas, c’est compliqué. Mémé Yvonne est adorable, mais je m’ennuie chez elle. Chez mon frère il y a sa copine et mon neveu qui n’a que quelques mois. Là non plus je ne me sens pas chez moi.

Le seul endroit où je me sens à l’aise à Miramas, c’est chez Claudine (Clau), la mère de Paméla.

J’y vais depuis des années et je m’y suis toujours senti bien. Pamé, comme on l’appelle, fait ses études à Arles donc forcément on se voit moins, mais on est toujours aussi proches. Elle a perdu son père quand elle était enfant et elle n’est pas à l’aise avec la mort. Au début je lui en veux un peu de ne pas me parler de ma mère, mais je comprends avec le temps que sa façon à elle de me soutenir c’est de me divertir. Pamé adore me faire rire. Elle adore sortir en boîte, danser, boire, faire la fête. C’est une bonne vivante et chez sa mère il y a toujours une bonne ambiance, un apéro sympa.

Clau connaissait Maman et elles se sont parlé peu avant sa mort. Maman lui a demandé de veiller sur moi. Elle savait que la famille ce n’est pas toujours les liens du sang.

Avec Gérald, ça se passe bien. C’est un garçon tellement attachant et sexuellement on s’éclate mais les relations à distance c’est trop frustrant pour moi. On a décidé d’être exclusifs (je déteste le mot fidèle qui ne veut rien dire), mais je ne tiens pas ma promesse. Un soir où je me sens très seul, je prends le bus direction Marseille et le sous-sol du New Cancan. J’y rencontre Nordine , un garçon beau comme un dieu, qui me trouble beaucoup.

De retour dans ma chambre de la cité U des Gazelles à Aix, je culpabilise à mort.

Je décide d’en parler à Gérald au téléphone. Il m’annonce que lui aussi n’a pas résisté. C’est presque un soulagement. Après six mois de relation à distance, on décide de se quitter en bons termes et on promet de rester amis. Promesse tenue puisque dix-sept ans après, on est toujours en contact.

Pour me consoler, j’appelle Nordine et lui demande de venir me voir à Aix. Je l’attends sur le cours Mirabeau près de la fontaine de la Rotonde, mais il se dégonfle. Soi-disant qu’il était coincé à Marseille avec des « potes de son quartier » qui ne le lâchaient plus.
Je me sens seul et déprimé, assis sur un banc alors que la nuit tombe.

Une voiture s’arrête et un homme me demande si ça va. Il a la quarantaine, assez élégant en costume cravate. On est vendredi soir et visiblement il rentre du boulot. Il me demande si je veux monter dans sa voiture…

Je monte. Il me propose de passer la nuit avec lui. Je lui dis oui. Il m’explique qu’il est commercial et qu’il est en déplacement professionnel. On roule pendant un moment en dehors d’Aix. Il fait nuit et je suis en voiture avec un inconnu. Je commence à flipper. Je lui demande si on peut revenir sur Aix. Il me dit : « T’inquiète, on y est presque. » Et effectivement, peu après il se gare sur le parking d’un motel.

C’est un motel sans réception, la chambre se paie avec une carte de crédit. Discrétion assurée. Et pour cause, il porte une alliance.

Arrivés dans la chambre, on commence à faire nos affaires. Il est assez tendre et attentionné. Je m’endors dans ses bras. Le lendemain, avant de prendre sa douche, il me demande : « Tu prends combien ? » J’hallucine ! Il a cru que je me prostituais. En même temps, il m’a trouvé assis seul sur un banc et je suis un étudiant fauché. Sa question n’est pas si incongrue.

Par un orgueil mal placé, je refuse son argent. Avec du recul, ce n’était pas malin de ma part car j’avais vraiment besoin de cet argent et puis le travail du sexe n’est pas plus dégradant que de se faire exploiter dans n’importe quel job étudiant.

En gentleman, il propose de me raccompagner dans le centre d’Aix et il m’offre un super petit dej.

En y repensant aujourd’hui, c’était inconscient de ma part de monter dans la voiture d’un inconnu la nuit.

Je garde quand même un bon souvenir de cette nuit improbable avec un homme marié. Un bon coup au lit et un ptit dej gratuit !

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