Comment U=U et la PrEP ont changé ma vie

L’année 2012 est un vrai tournant dans ma vie. Mon engagement chez AIDES me fait du bien. Je prends de l’assurance en tant que gay et aussi en tant que séropo.

Je découvre quelque chose qui va tout changer dans mon parcours de vie avec le VIH. J’apprends que le traitement que je prends tous les jours rend ma charge virale (le taux de virus dans le sang) indétectable et que, par conséquent, je ne peux PAS transmettre le VIH à mes partenaires, même lors d’un rapport sans capote !

C’est ce qu’on appelle le TasP (« Treatment as Prevention » ou « traitement comme prévention ») ou U = U (Indétectable = Intransmissible). J’aurais aimé que mon infectiologue me l’explique, mais c’est chez AIDES que je l’apprends.

À cette époque, une bonne partie de la communauté scientifique rechigne à communiquer cette information (connue pourtant depuis l’avis Suisse en 2008 ) aux patients séropos par peur que ces derniers abandonnent la capote. C’est une vaste hypocrisie.

En tant que personne vivant avec le VIH, c’est un soulagement énorme de savoir que je contrôle le virus grâce à mon traitement et que je ne peux pas le transmettre à mes partenaires. Il est toujours là bien sûr, mais comme endormi, anesthésié, neutralisé, dominé.

Soudainement, ma séropositivité n’est plus une honte ou une tare. Je décide de m’en servir pour aider les autres, à commencer par les personnes qu’on dépiste chez AIDES. Je m’inscris à des formations pour être habilité au dépistage rapide et pour faire des entretiens motivationnels.

Je passe presque tout mon temps libre avec les copains et copines de l’asso et je tombe même amoureux d’un nouveau volontaire, mais il est en couple alors je garde mes sentiments pour moi.

À la même époque, toujours en 2012, un nouvel outil de prévention débarque en France dans le cadre d’un essai clinique appelé IPERGAY . Il s’agit de la PrEP . Le concept est nouveau et vient des États-Unis : prendre un comprimé d’antirétroviraux avant un rapport non protégé par un préservatif afin de bloquer toute transmission du VIH.

Je dois avouer que lorsqu’un salarié de AIDES nous présente ce nouvel outil en réunion d’équipe, je ne saisis pas son intérêt immédiatement et je suis même assez hostile à l’idée d’en faire sa promotion pour recruter des participants pour IPERGAY.

Mais très vite, à force d’en parler avec mon ami Marco (qui est accompagnateur communautaire dans cette étude), je réalise l’aspect révolutionnaire de cet outil. Non seulement il est très efficace pour bloquer les transmissions du VIH, mais c’est aussi un outil de libération sexuelle, un peu comme la pilule contraceptive en son temps.

La PrEP va déchaîner les passions dans la communauté gay. Les pro et anti PrEP vont passer des années à débattre sans fin et c’est toujours le cas aujourd’hui en 2020. La PrEP et le TasP ont ça d’intéressant qu’ils nous questionnent sur notre rapport à la sexualité, à l’autre et à son corps.

Je suis né en 1981, l’année où les premiers cas de sida ont été identifiés aux États-Unis. Ado j’ai été marqué par la capote géante de Act Up-Paris sur l’obélisque de la place de la Concorde, le discours de Christophe Martet au Sidaction et le film Philadelphia.

La capote faisait partie de notre éducation sexuelle. C’était un passage obligé. Et pourtant, on ne va pas se mentir : baiser avec capote ce n’est pas évident pour tout le monde, sucer du plastique ce n’est pas agréable.

Il faut entendre celles et ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas mettre de capote. Que ce soit celui qui n’arrive pas à bander dans du plastique ou celui/celle qui se prostitue et ne peut pas négocier le port du préservatif de façon systématique avec ses clients.

Lorsque la PrEP est finalement autorisée (et remboursée à 100 %) en France en janvier 2016, je crie victoire et je décide à mon tour de devenir accompagnateur communautaire pour AIDES à l’hôpital Bichat.

Chaque samedi matin, je m’installe dans un box et les gens viennent me parler après leur passage chez le médecin pour débriefer et poser les questions qu’ils n’osent pas poser à une personne en blouse blanche. Il y a des couples gays libertins ensemble depuis vingt ans, des travailleuses du sexe trans ou encore des gamins queer de 20 ans avec du vernis à ongles qui sortent d’after.

Ils et elles ont tous en commun d’être très exposés au VIH et d’avoir décidé de s’en protéger en prenant la PrEP. Je trouve cette démarche très responsable et je leur dis à chaque fois : « Bravo, c’est grâce à toi qu’on va pouvoir mettre fin à l’épidémie. »

Aujourd’hui, quatre ans plus tard en 2020, les résultats sont là : grâce à la PrEP, grâce au dépistage répété et grâce au traitement que prennent les personnes vivant avec le VIH, l’épidémie recule ENFIN dans toutes les grandes villes du monde, y compris Paris, et ce de façon assez spectaculaire.

On a tous les outils nécessaires pour mettre fin à l’épidémie du VIH si les publics les plus exposés au VIH (hommes gays et bi, personnes trans et personnes nées à l’étranger) sont dépistés et traités avec la PrEP et le TasP.

Extrait du livre « T’as pas le sida j’espère?! »

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